L’exceptionnel Sigma 35mm f/1.4 Art

J’ai testé pour vous le Sigma 35mm f/1.4 ART pour Nikon, un objectif à focale fixe sorti en 2012.

Mise en contexte

Si jusque là, Sigma nous avait habitués à des productions légèrement en-dessous de celles de leurs concurrents principaux (Canon et Nikon), en qualité comme en prix de vente, il semblerait que la marque ait réorienté sa trajectoire vers le haut-de-gamme, voire le très haut-de-gamme.

En effet, il suffit d’un brin de curiosité pour se rendre compte que les derniers-nés de l’entreprise japonaise ont excellente presse, qu’il s’agisse des tests de laboratoire ou des retours d’expérience de photographes comme vous et moi. Les exemples ne manquent pas :

  • le Sigma 18-35mm f/1.8 DC (pour capteurs APS-C), le premier zoom transtandard si lumineux sur le marché ;
  • le Sigma 30mm f/1.4 DC (aussi pour capteurs APS-C)
  • le Sigma 35mm f/1.4 ART
  • le Sigma 50mm f/1.4 ART

Les optiques de la gamme ART sont particulièrement réussies et permettent d’exploiter au mieux les capteurs des boîtiers qu’elles accompagnent. Dernier exemple en date : le Sigma 35mm f/1.4 ART permet d’obtenir une définition maximale sur le Nikon D810 (voir sur DxOmark). Cette série est toujours en cours et l’on devrait voir arriver dans les prochains mois un 24mm f/1.4 ART ainsi qu’un 85mm f/1.4 ART, à mon avis les deux focales les plus prisées parmi les manquantes.


Pourquoi avoir choisi le Sigma 35mm f/1.4 Art ?

Si vous avez lu mes articles précédents, vous savez que je possède un Nikon D800. J’ai toujours voulu essayer le 35mm fixe, trouvant le 50mm trop serré et ayant possédé le 14-24mm (la légende), évidemment peu polyvalent. J’ai longtemps hésité sur le Nikon AF-D 35mm f/2, un très bon rapport qualité/prix/encombrement. Toutefois, son ouverture maximale me semblait trop petite pour pouvoir jouer efficacement avec les différents plans, avoir un contrôle important sur la profondeur de champ.

Comme toujours avant un achat, j’aime en apprendre le maximum sur les capacités et les possibilités de l’objet, mais également sur la qualité perçue, le ressenti des utilisateurs, le côté opérationnel du terrain. Après avoir écumé les sites de test, les blogs, les comparatifs, je me suis naturellement tourné vers les sites portfolio en me basant sur les méta-données. Ainsi, sur 500px comme sur FlickR, a commencé la farandole des images. Et régulièrement, j’ai pris des claques visuelles.

Sans parler de post-traitement, le fait de voir autant d’échantillons me donnait un faisceau réaliste du potentiel de cette focale, à son ouverture maximale. Je suis tombé sous le charme du travail de Jeff Krol, par exemple, et de ses portraits de rue, ses scènes de vie capturées avec ce fameux Sigma 35mm.


Combattre le Gear Acquisition Syndrome : un pari osé

Définition

Le Gear Acquisition Syndrome est une expression utilisée chez les photographe pour décrire un cercle vicieux consistant à toujours souhaiter acquérir du nouveau matériel. Globalement, cela signifie que le matériel devient une obsession et phagocyte complètement la pratique de la photographie elle-même. On s’intéresse alors démesurément aux caractéristiques techniques et au besoin de posséder un attirail de plus en plus fourni sans jamais être suffisant. Alors que l’on ne s’en sert pas forcément.

Cas pratique

Comme tout photographe moderne, je me cherche. Ou plutôt, je me suis cherché. Et je mettrais ma main à couper que vous vous êtes posé plus d’une fois ces questions :

  • Parmi toutes celles que je pratique, quelle est ma discipline préférée ?
  • Ai-je vraiment le matériel nécessaire pour prendre les photos dont je rêve ?
  • Ai-je vraiment le matériel nécessaire pour couvrir toutes les situations auxquelles je risque d’être confronté ?
  • Est-ce que mon matériel est suffisamment crédible pour être considéré comme sérieux/professionnel ?
  • Je pars en prestation/promenade/voyage : qu’est-ce que je prends dans mon sac photo ?

En règle générale, soyez honnête, ça termine comme ça :

L'ancien sac photo de <a href="http://rileyjoseph.com" target="_blank">Riley Joseph</a>

L’ancien sac photo de Riley Joseph

Si. Le problème étant que hormis le fait d’avoir usé vos cervicales et vos lombaires, la plupart du temps, soit le tout reste rangé par flemme de dépacker tout ça, soit vous assumez et, à la fin de la journée, même si vous n’avez utilisé que 20% du matériel, vous vous félicitez intérieurement d’avoir été si prévoyant(e). Même si vous avez passé autant de temps à changer de combinaison boîtier/objectif, avec ou sans flash, avec ou sans trépied, qu’à prendre des photos, l’objectif premier de l’entreprise photographique.

On va où, comme ça ?

Prenons un brin de recul. N’est-ce pas un peu démesuré ? Si vous êtes professionnel à plein temps et que vos activités commerciales sont variées, peut-être que non. La versatilité est nécessaire (et encore, même notre ami Riley, photographe professionnel, travaille avec un matériel mesuré). En revanche, dans tous les autres cas, il faut peut-être se remettre en question…

Ne vous méprenez pas : je suis passé par là aussi. J’avais :

  • un D60 + 18-55mm de kit ;
  • un 70-300mm ;
  • un 8mm fisheye ;
  • un 17-50mm f/2.8, en remplacement du 18-55mm ci-dessus ;
  • un vieux 50mm f/1.8 manuel datant de l’époque du Nikon FM2-n ;
  • un D200 ;
  • un D800 ;
  • un 14-24mm pour l’architecture ;
  • un 85mm f/1.4 manuel pour le portrait ;
  • un 24-120mm f/4 pour les mariages ;
  • du matériel de studio : flashes cobra, trépieds, boîtes à lumières, parapluies.

Le problème : je n’utilisais que le 24-120mm et le 85mm manuel, parfois. Le reste prenait la poussière. J’en ai eu assez. C’était indécent et complètement contre-productif.

La solution : il existe plusieurs pistes pour améliorer cette situation. Lorsque vous identifiez rapidement le matériel non utilisé, c’est plus facile. En revanche, si c’est un peu flou, une des méthodes possibles consiste à créer des statistiques sur l’utilisation des longueurs focales au sein de votre photothèque. Ainsi, vous saurez quelle longueur focale vous utilisez le plus. Si vous constatez que vous êtes à 85mm pour la majorité de vos photos, et que vous utilisez un 18-200mm, par exemple, il serait peut-être intéressant d’abandonner ce zoom pour un 85mm fixe de qualité. Phototrend a récemment abordé le sujet en détail, c’est une lecture instructive et la problématique est très bien traitée.

En ce qui me concerne, j’ai tout revendu. Tout sauf le D800. J’ai ensuite racheté ce Sigma 35mm f/1.4 ART et le Sigma 105mm f/2.8 macro. Pour être très clair, j’utilise le premier 95% du temps.

L’exemple en image du matériel photo, comme l’indique la légende, est emprunté à mon confrère Riley Joseph, photographe canadien. Il travaillait auparavant au Canon 5D Mark III + Canon 35mm f/1.4L, Canon 50mm f/1.2L, Canon 24-105 f/4L, Canon 17-40 f/4L (et tout plein de matos). Toutefois, comme il me l’a récemment écrit, son sac photo était “ridiculement” fourni. Il travaille désormais avec l’appareil mirrorless Fuji X-T1 et la taille comme le poids de son nouveau sac photo ont fondu comme neige au soleil. Vous pouvez suivre sa migration de matériel à travers l’article dédié sur son blog.

A titre de comparaison, voici son nouveau sac photo :

Le nouveau sac photo de <a href="http://rileyjoseph.com" target="_blank">Riley Joseph</a>

Le nouveau sac photo de Riley Joseph

Ça marche dans la vraie vie ?

En bref : oui, oui et oui. Vraiment. Pour ma part, en photographie, j’aime le cadrage cinéma. Il se trouve que le 35mm offre à mon sens le meilleur compromis entre grand angle et quasi-absence de distorsion. On est dans la scène, avec un contexte, sans être trop loin. Pour un rendu reportage, c’est l’idéal.

J’ai fait le choix de n’emporter que mon Nikon D800 et ce Sigma 35mm pendant trois semaines, aux Etats-Unis et au Canada, il y a deux mois. Avec mon trépied. Mais pas de flash, pas d’autre objectif, rien. J’avais peur de manquer, j’avais peur de rater des photos ou de simplement ne pas pouvoir les faire comme j’aurais voulu. L’expérience s’est révélée enrichissante : je me suis beaucoup déplacé, j’ai travaillé mes compositions, j’ai mieux réfléchi mes cadrages avant de déclencher. J’ai davantage utilisé mes yeux, car l’emploi d’une focale fixe unique crée une habitude et on finit rapidement par connaître le cadrage sans porter l’appareil à l’œil.

Mes quelques portraits ont été environnementaux, comme je les aime. J’ai pu faire des paysages, de la photo de rue et même un peu d’animalier ! Bref, le bilan est plus que positif : j’ai trouvé mon duo de choc.

A vous de trouver la ou les focales qui fonctionnent le mieux avec votre style et votre pratique, tous les goûts sont dans la nature. Même si le sujet mériterait un article dédié, j’en profite pour glisser un rappel : choisir une focale fixe est un booster de créativité. Cela vous force à vous déplacer, à composer, à chercher le meilleur cadrage. Cela change la façon de travailler par rapport au zoom qui incite à régler tous les problèmes sans bouger d’un iota, en tournant le barillet de l’objectif, et, au final, est quant à lui un réel frein à l’originalité et au goût de l’effort.


La vie au 35mm, en images

Ne me croyez pas sur parole. Je considère que j’ai enfin posé le doigt sur mon style photographique tout en rationalisant mon matériel, ce qui me convient à merveille. Toutefois, c’est très subjectif et ce qui me plaît peut vous laisser indifférent ou vous déplaire. Je vous propose quelques images pour vous donner une idée de la paradoxale polyvalence d’un 35mm :

Jonathan

Je suis un "pianographe à moteur". Cela résume trois de mes passions : le piano, la photographie et la moto. Les autres sont la lecture, les voyages et la gestion de mes sites web. J'essaie d'être critique et sincère à la fois, en chaque écriture, en me basant sur mon expérience et mes goûts personnels.

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4 Commentaires

Guillaume

il y a environ 3 années Répondre

Récent acquéreur du même objectif, je ne peux que confirmer tes dires !!! Objo au top, qualité ++ Puis le plaisir de bosser en focale fixe et se forcer à se déplacer !! Très bon article

Alex

il y a environ 1 année Répondre

Excellent objectif, tout comme l'ensemble des objectifs de la gamme Art de Sigma. Les récents 20 et 24 f/1.4 ainsi que le 24-35 f/2 sont également superbes. En revanche, au début de l'article tu dis que le 35 est le dernier en date alors que tu évoques le 50 dans ta liste qui est sorti 1 an et demi plus tard (le 50 a d'ailleurs dépassé le 35 sur les notes DxO).

Jonathan

il y a environ 1 année

Bonjour Alex,

Merci pour ton commentaire. Tu as tout à fait raison, c'est dû au fait que j'ai "sauvagement" mis-à-jour mon article lorsque le 50mm est sorti, sans faire attention à l'anachronisme ! Ça fait plaisir de voir que certains suivent ;)

Alex

il y a environ 1 année

De rien Jonathan ;) , j'ai intérêt à les suivre, j'ai acheté le 35 et après l'avoir utilisé je me suis jeté sur le 50 tant je n'en pouvais plus de la mollesse du Nikon f/1.4G, il est vrai que ce n'est pas la même construction (ni le même prix mais dans le mauvais sens cette fois). Depuis, j'ai même fini par me passer du 24-70 f/2.8 (pour du plus grand angle j'utilise le 14-24 f/2.8G et un 70-200 f/2.8 pour le télé et terminé ;) !). Bon, j'avoue que je serais curieux de voir ce que donnerait un 85 f/1.4 ou un 135 f/2 voire f/1.8 que Sigma annonce chaque année lol. Un reste de GAS, sans doute ;) . J'ai sans doute été atteint vu tous les cailloux qui ont défilé chez moi, mais ça a l'avantage de pouvoir tester et définir ses besoins...à condition de se rendre compte qu'on n'a pas besoin du reste :) .

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