Bénin : le peuple pacifique

Il était une fois, dans un pays ni proche ni lointain du mien, un peuple pacifique. Ses habitants ne manquaient ni d’eau ni de nourriture, non. En revanche, par manque d’infrastructures, le pays ne comptait que quelques routes en dehors des deux ou trois “grandes” métropoles et le système de santé était, ni plus ni moins, un système D.
Malgré la moyenne d’âge assez basse due à une espérance de vie guère plus élevée, le peuple vivait heureux. Non pas d’une insouciance irresponsable, mais par une philosophie de vie bien différente de la nôtre. La mort faisait partie de leur quotidien, tout était écrit, alors elle se commémorait en fête, en cérémonie colorée, parfois mystique (voodun).

Par chance, ces gentils voisins étaient francophones, ce qui simplifia nos échanges. Lors de mon passage, je découvrais leur artisanat, j’apprenais leur histoire, leurs souverains, les guerres subies, je visitais leurs monuments et, le soir, il nous arrivait d’aborder le chapitre politique. Le tout était bercé par la chaleur de leur accueil et la convivialité des repas.

Comme nombre de ses voisins, ce gentil pays était gangréné par le mal d’argent : la corruption. Elle se situait à tous les étages, et comme me l’expliquait le brillant collégien Privat Allodo, du haut de ses 13 printemps, “c’est comme une chaîne, quoi.” La police improvisait simplement des postes sur la route, contrôlant les papiers des conducteurs, et ponctionnant chaque véhicule d’un pécule soigneusement calculé par les victimes pour éviter les complications. Est-il utile de préciser que ces postes étaient nombreux, et que chaque automobiliste prévoyait, avant son départ, le budget bakchich ? Au retour du policier, son chef lui demandait alors combien il avait récupéré, puis un partage était effectué. Et ainsi de suite jusqu’au niveau des ministres et du gouvernement en général qui, étrangement, tardait à voter cette fameuse loi anti-corruption, carotte du peuple pour tenter de calmer ses ardeurs.

Le deuxième fléau du pays était la passivité. Je n’ai pas dit “oisiveté”. Le peuple était travailleur, là n’était pas le problème. Non, ce mal là était une sorte d’héritage continental, un fardeau qui s’imposait par autorité historique. Elle se traduisait par l’attente. L’attente du sauveur, pour être plus précis. Le pays était ouvert à l’extérieur, mais peut-être un peu trop. Aussi, la population mettait le développement de son pays entre les mains d’autres nations, se déchargeant de cette responsabilité. Curieusement, le résultat n’est pas terrible.

Le pays doit encore gagner son autonomie, ses habitants doivent s’impliquer collectivement et individuellement dans le développement de la nation. Il doit être capable de garder son savoir-faire pour le capitaliser et le fructifier. Par chance, aucune ressource en minerai ni en pétrole dans le pays. Ils ne connaîtront pas la démocratie américaine (républicaine) ni les guerres avec les pays voisins.

Le cœur qui bat fort dans ce pays leur donnera le courage et la force nécessaires au grand chantier qui les attend, et l’éducation, déjà bien en marche, leur fournira les armes intellectuelles et l’intégrité nécessaires au renversement d’un pouvoir illégitime qui les sanctionne.

Puissent-ils gagner en qualité de vie (santé, hygiène, conditions de travail, moralité du gouvernement, sécurité, confort) rapidement. Ils le méritent. Vive le Bénin, et vivent les Béninois.


Jonathan

Je suis un "pianographe à moteur". Cela résume trois de mes passions : le piano, la photographie et la moto. Les autres sont la lecture, les voyages et la gestion de mes sites web. J'essaie d'être critique et sincère à la fois, en chaque écriture, en me basant sur mon expérience et mes goûts personnels.

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4 Commentaires

Rémy

il y a environ 5 années Répondre

à Monsieur le pianographe, à travers la rosée, chez.HK : Quel bonheur de pouvoir goûter à ce talent d'écriture, en plus des autres !... Enrichir tes potentiels de vie, ton espace intérieur supplémentaire, par l'écriture, est un plaisir partagé. Bienvenue et longue vie à ce blog.

Rémy

il y a environ 5 années Répondre

Ton carnet (blog) de voyage est très intéressant et la vidéo m'arrache des larmes, de joie et de tristesse, mêlées. De ta manière de voir les choses de la vie, les gens, tu me fais penser à Yvan Audouard qui disait : Le voyage est un art de lire le monde et non une façon fatigante et coûteuse de vérifier nos préjugés" Bravo ! Bon vent ! T'as l'bon cap ! Captain.

Rémy

il y a environ 5 années Répondre

Et bon anniversaire, of course !

Jonathan

il y a environ 5 années Répondre

Merci pour tes commentaires qui inaugurent l'interactivité de mon blog, et de quelle façon ! Très chouette citation à laquelle j'adhère entièrement. Comme je l'explique dans la rubrique "contact", cet espace n'a pas de prétention quelconque mais comme simple raison d'exister la volonté d'archiver et d'échanger autour d'idées, d'humeurs, de trouvailles ou de créations, afin de pouvoir constituer une sorte d'échantillon de ce qui est mon "univers", enrichi des univers respectifs de mes lecteurs.

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