Interface logicielle d'Acoustica Mixcraft 4, logiciel de MAO.

Enregistrer sa musique avec un ordinateur — MAO

Depuis une dizaine d’années, les outils auparavant réservés aux professionnels se sont démocratisés en devenant accessibles, à la fois en termes de coût et de complexité. L’informatique a avancé dans le domaine de la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) et les instruments acoustiques ont vu naître d’étranges pairs numériques. Aussi a t-on vu fleurir des plateformes vidéos comme YouTube ou DailyMotion, mais également des plateformes audio comme le récent SoundCloud, pour ne citer qu’elles. Ces plateformes vivent du contenu multimédia fourni par ses membres, tantôt des vidéos, tantôt des enregistrements audio.

Mais quid de l’enregistrement ? Pourquoi s’enregistrer et comment le faire ?

S’enregistrer, pourquoi faire ?

Face au petit côté narcissique qu’on pourrait légitimement opposer au bienfondé d’un enregistrement, on peut présenter de nombreux avantages, qu’ils soient personnels comme :

  • la possibilité de suivre sa progression : en effet, il est parfois difficile de juger son propre jeu de la même façon qu’il est difficile d’être à la fois acteur et spectateur d’une même scène. Pour apprécier son propre jeu, un enregistrement est très pratique car il permet une vision “extérieure” de la performance et met en évidence les défauts d’expression, de rythme, de fluidité ou encore de nuances. L’enregistrement crée donc un point fixe dans le temps, auquel correspond une interprétation spécifique, à laquelle on pourra comparer les suivantes et corriger ce qui doit l’être, au fur et à mesure.
  • améliorer sa résistance au stress : celles et ceux qui se sont déjà frottés à l’exercice ne me contrediront certainement pas si je dis que jouer sous les feux d’une caméra, ou avec la conscience de l’enregistrement sonore, provoque quelques sueurs et amène, bien souvent, à commettre des erreurs n’ayant jamais été commises jusqu’alors. C’est une forme de trac, même quand on s’enregistre seul. On a la pression de devoir faire un sans-faute, de produire un enregistrement qui reflètera le meilleur de notre niveau. Il n’y a pas de secret, la fréquence des enregistrements est au combat du stress ce que l’entraînement est à la progression : plus on s’enregistre, moins on a le trac. Mais il en coûtera la plupart du temps un paquet de ratages, d’agacements et d’autres contrariétés qui peuvent mener au découragement, à l’abandon par forfait. Résistez ! On y est tous sujets, vous êtes humains, il faut s’acharner un peu. 😉
  • soumettre son travail à l’appréciation d’autrui : une fois qu’un enregistrement nous satisfait (le mot est un peu fort car il est bien rare d’être satisfait de son propre travail), il est temps de recueillir des impressions, des avis. A cette fin, il nous faut des spectateurs. La famille proche peut servir de cobaye, mais même si les retours sont souvent flatteurs, difficile de s’assurer de leur impartialité ! Reste alors le jugement des autres, des anonymes, des inconnus. Ceux qui ne se gêneront pas pour vous froisser ou vous dire franchement qu’ils n’aiment pas, ou qu’ils apprécient. Ceux-là non plus ne sont pas forcément très objectifs, mais le sentiment général doit pouvoir vous fournir une piste quant à la nécessité de continuer, de persévérer …ou d’arrêter. :tounge:
  • partager avec vos proches : qu’il s’agisse de votre famille ou de vos amis, qu’ils vivent à côté ou à l’autre bout du monde, Internet permet de gommer la distance et il y a fort à parier que ceux-ci seront ravis de recevoir un peu de nouvelles artistiques (tant que ce n’est pas du harcèlement !).

ou bien qu’ils confèrent une véritable valeur ajoutée à votre création musicale :

  • le multi-pistes : à moins que vous ne soyez doué d’ubiquité, vous ne pouvez pas être au four et au moulin, ou plutôt au violon, à la batterie et au piano à la fois. L’enregistrement permet de jouer piste par piste, instrument par instrument (avec le luxe du retour du premier enregistrement pendant le second, évidemment). Ainsi, si vous êtes patients (et polyvalents), vous pouvez très bien composer une symphonie à vous seul. Ou plus modestement un morceau qu’on croirait joué par un groupe de 4 ou 5 personnes. Votre musique s’enrichit d’instruments, de couleurs, de textures sonores, bref : vous la sophistiquez.
  • les instruments virtuels : car les instruments sont coûteux et encombrants, on dispose rarement de plus de 3 ou 4 instruments si l’on est chanceux. C’est là que les instruments virtuels (VST pour ceux qui sont autonomes et ne nécessitent pas de logiciels tiers pour être exploités, VSTi pour les autres) entrent en scène. De nombreux instruments ont été échantillonnés et leurs sons ont été numérisés, ce qui permet, à partir d’un clavier par exemple, de pouvoir reproduire des sonorités de violoncelles, saxophone, tambourins ou carrément des effets spéciaux comme le vent, la pluie, un cheval au galop, etc. Vous l’avez compris, votre créativité n’a plus de limites. Surtout qu’on trouve de nombreux VST/VSTi gratuits sur le web. Attention toutefois, tous ne sont pas forcément très fidèles aux instruments qu’ils sont censés reproduire ! 🙄

Comment procéder ?

S’enregistrer n’est pas très difficile. Toutefois, cela demande quelques pré-requis en termes d’équipement, tant matériels que logiciels.

Contraintes matérielles

  • Un ordinateur performant : la première Apple-MBP-15.3-inch-garagebandcontrainte pour s’enregistrer est donc directement liée à la performance de votre ordinateur. Non seulement le processeur et la mémoire doivent être là (aujourd’hui, compter sur un bon i5 et 8go de RAM pour être à l’aise) mais il faudra également une carte son de qualité, sans quoi vous devrez choisir entre des grésillements et interférences et une latence insupportable (comprendre : vous jouez une note, le son arrive 2s plus tard —je force volontairement le trait). Une machine fixe vous coûtera moins cher mais vous devrez pouvoir relier vos instruments à l’ordinateur, donc cela créera une contrainte de proximité. Une machine portable, pour être efficace, vous coûtera rapidement beaucoup d’argent car l’enregistrement audio, pour être dans de bonnes conditions, nécessite des performances que l’on trouve difficilement sur ces machines.
  • Un système d’amplification : par exemple, si vous voulez enregistrer de la guitare électrique, il faudra d’abord amplifier le signal sinon il sera bien trop faible au niveau de l’ordinateur. Cela peut passer par l’ampli classique de guitare (qui intègre une enceinte) ou par un pré-ampli (boitier matériel) qui vient se placer entre la guitare et l’ordinateur. Certains instruments (en général assez haut-de-gamme) intègrent parfois déjà un pré-ampli, ce qui permet de les relier directement à un ordinateur pour transmettre (et enregistrer) les sons.

Ces contraintes correspondent à la recherche d’un résultat technique d’assez bonne qualité. On peut évidemment mettre moins de moyens pour une qualité ou un confort moindres, ou davantage de moyens pour un résultat professionnel.

Contraintes logicielles

Côté logiciel, il existe plusieurs façons de travailler, comme je l’expliquais un peu plus haut. Soit vous optez pour des VST, par exemple un VST de piano, et là, ce sera un logiciel dédié à la reproduction du son du piano, avec logiquement une possibilité d’enregistrement, mais rarement du multi-pistes (au mieux, un export), soit (et c’est préférable à mon sens) vous optez pour un logiciel de MAO multi-pistes qui contiendra une bibliothèque de VSTi (donc d’instruments virtuels) à laquelle vous pourrez ajouter vos propres VSTi, glânés ou achetés sur le web.

Les produits les plus populaires, à ma connaissance, sont Cubase de Steinberg(principalement pour la guitare), Audition chez Adobe, GarageBand (amateur) ou Logic Pro côté Apple, Fruity Loops Studio d’Image-Line (orienté électro mais sait faire d’autres choses, attention : interface complexe), Sony propose SoundForge Pro (retoucheur de sons) et Acid Pro (séquenceur à boucles), Pro Tools (très utilisé chez les pros) ou encore Ableton Live. On trouve aussi quelques outsiders, dont un qui est mon chouchou : Acoustica Mixcraft. Son interface et simple et intuitive, sa licence n’est pas hors de prix et la qualité est bien là. La capture d’écran qui illustre ce billet vous présente d’ailleurs l’interface de ce produit.

Synchro audio/video

Dans le cas d’un enregistrement vidéo, vous avez le choix entre tout enregistrer ensemble (la méthode est simple mais obtenir un résultat parfait est compliqué) ou dissocier la prise de son de la vidéo. Dans le second cas, soit vous avez une caméra avec une entrée son, ce qui permet d’avoir un son dépourvu des bruits d’environnement parasites, soit vous n’avez pas cette possibilité et il faudra alors enregistrer la vidéo d’un côté et l’audio de l’autre. Ensuite, et c’est un petit exercice, il faudra passer par un logiciel de montage vidéo pour ajouter la piste audio et la synchroniser (pour que le son et l’image soient alignés).

Enregistrer en MIDI ou pas

Si vous enregistrez un instrument dont le son réel est bon, alors enregistrez-le en direct. Toutefois, si vous voulez utiliser un instrument virtuel (un violoncelle, un meilleur piano, des carillons, que sais-je ?), alors utilisez le MIDI. Pour enregistrer en MIDI, il faut simplement un câble qui relie votre instrument (en MIDI-USB ou MIDI classique) et votre ordinateur (en USB si c’est du MIDI-USB en face, ou en MIDI si c’est du MIDI, mais pour avoir un port MIDI, il faut avoir une carte son d’une certaine qualité, a priori dédiée, donc. La différence est simple : en enregistrement classique, vous enregistrez un flux audio (difficilement retouchable/modifiable) alors qu’en MIDI, vous enregistrez des impulsions électriques que vous pourrez éditer ensuite (changer une note, sa durée, son intensité, son attaque, la supprimer, changer d’instrument virtuel associé, etc.).


Partager vos créations

Réseaux sociaux

La solution qui vient en général à l’esprit lorsqu’on évoque le partage numérique est en général les réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter pour ne nommer que ces deux titans. En général, l’audience y est panachée (familles/amis, connaissances, inconnus) et vous avez une opportunité de visibilité “virale”, c’est-à dire qu’une personne de votre cercle partage votre contenu à son propre cercle et que ça continue ainsi sur plusieurs niveaux. Attention. C’est super pour la visibilité mais l’inconvénient qui va avec est le risque de vol/copie/détournement de votre œuvre originale, que ce soit à des fins commerciales ou non. La parade peut-être de protéger votre création via l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) par exemple, mais si vous êtes amateur, c’est beaucoup de paperasse et de frais. Et même dans ce cas, difficile voire impossible de contrôler correctement la diffusion de votre création.
Bref, les réseaux sociaux ne sont pas forcément une mauvaise idée mais il faut bien savoir où vous mettez les pieds avant de sauter à pieds joints dedans.

Plateformes dédiées

Une autre solution consiste à utiliser des plateformes spécialisées, comme YouTube ou Vimeo pour les vidéos, ou SoundCloud pour vos musiques. L’utilisation gratuite est possible, ça marche bien, c’est pratique, c’est efficace, vous pouvez intégrer des lecteurs audio/vidéo dans votre site/blog, partager des liens, etc. Attention ici aussi, notamment pour ce qui est des CGU (conditions générales d’utilisation) que vous validez à la création de votre compte et qui peuvent parfois mentionner une perte de droits sur les contenus publiés, ce qui est très fâcheux. En gros, le site pourra utiliser votre contenu sans votre autorisation et sans recours possible. A vous de voir. Ce n’est pas forcément le cas des grosses plateformes, il suffit de bien lire les points qui y font référence avant de partager vos œuvres.

Partage privé

Ici, c’est simple, c’est de l’auto-hébergement sur serveur de fichiers, de la diffusion par e-mail, par clé USB/CD/DVD à vos proches, bref : tout ce qui vous permet de diffuser vos productions de façon maîtrisée, à une ou plusieurs personnes. L’avantage de ce partage privé est qu’il peut également constituer une forme de sauvegarde.


Epilogue

Eh oui, enregistrer sa musique, c’est finalement faire bien plus que ça : c’est se créer un support pour progresser, c’est créer des souvenirs, c’est partager ses créations avec son entourage, c’est sauvegarder ses productions, et, finalement, prendre le maximum de plaisir possible  😀

L’exemple de l’auteur

Quand j’enregistre uniquement l’audio, j’utilise un simple câble jack que je relie à mon MacBook Pro et j’enregistre avec GarageBand, qui fait ça très correctement. Dans le cas d’une vidéo, je relie le son directement à mon appareil photo (pourvu d’une entrée audio), ce qui m’évite de devoir faire du montage vidéo derrière.

Un exemple d’enregistrement audio :

D’autres enregistrements audio sont disponibles sur ma page SoundCloud.

Pour les exemples d’enregistrements vidéo, je vous invite à visiter ma chaîne YouTube.
Enfin, les plus curieux trouveront deux captures d’écran HD de 2010, lorsque je travaillais sur Acoustica Mixcraft, sur PC (non disponible pour Mac, malheureusement) : Blue Fields, qui correspond au morceau du player ci-dessus, et un featuring de “Bam_5”, de Vietben qui a remixé “Feeling Good” de Nina Simone.

La liste de mon matériel d'enregistrement

  • Piano numérique Roland HP-307-PE
  • Appareil photo Nikon D800
  • Objectif Nikkor 14-24mm f/2.8
  • Ordinateur Apple MacBook Pro 15″ early-2011
  • Câble jack standard (le fin, pas le gros –inutile hors scène/studio)
  • Mes petites mains et moi  😉

Aucun lien sponsorisé dans cet article. Au pire, des liens menant vers des fiches articles de sites de vente sur lesquels j’ai commenté un article, par exemple, mais toujours sans lien avec le vendeur. Promis.


Jonathan

Je suis un “pianographe à moteur“. Cela résume trois de mes passions : le piano, la photographie et la moto. Les autres sont la lecture, les voyages et la gestion de mes sites web. J’essaie d’être critique et sincère à la fois, en chaque écriture, en me basant sur mon expérience et mes goûts personnels.

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1 Commentaire

Rémy

il y a environ 5 années

Bah oui, c'est simple, une fois !... mais 2.38, c'est pas assez...

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