Roadtrip à moto : les châteaux de la Loire

Les 12, 13 et 14 mai derniers, j’ai enfin pu profiter de mon cadeau d’anniversaire : un roadtrip à moto dans la Loire, avec un ami ! Evidemment, chacun sa moto. Une rouge pour lui, une bleue pour moi. Comme pour notre excursion aux 24h du Mans motos, en avril, la météo n’a pas été très clémente (et c’est un euphémisme)… mais ça a contribué à ajouter du challenge et à développer nos compétences respectives de pilotes.
Entre les promenades, les visites, le fun et le repos, on est rentrés avec plein de souvenirs, dans la tête comme sur les cartes-mémoire.

Mine de rien, c’est un exercice d’organisation. En amont, il a fallu réserver le logement (merci AirBnB), préparer le point de RDV, les roadbooks, réfléchir aux visites, préparer les affaires, les arrimer aux motos, prévoir le matériel info/photo, etc. C’est le cas pour toute préparation de voyage, mais ça n’en reste pas moins du boulot, surtout quand on n’a pas de coffre 😉

Plutôt que de suivre un fil chronologique, qui, au-delà d’être fort décousu, risquerait de vous assoupir, je vous propose une approche thématique qui sera plus synthétique et parlante 🙂

D’Etampes à Génillé par le chemin des écoliers

La route

Vivant respectivement de part et d’autre de l’Ile-de-France, nous étions convenus de rejoindre Etampes, idéalement située entre nos deux domiciles, tout en restant sur le chemin de notre destination commune. C’est donc de bon matin (départ vers 8h30) que nous affrontâmes, chacun de notre côté, un crachin et une brume n’inspirant que peu à tourner la poignée, en outre sur des départementales boueuses que nous n’avions jusqu’alors jamais pratiquées.

C’est un peu après 9h30 que la bleue retrouve la rouge et que l’on tente, vainement, de trouver un troquet où se sécher un peu et reprendre des forces. Bredouilles, nous décidons de repartir : nous trouverons bien en chemin ! Nous avons décidé de n’emprunter que des routes départementales et nationales, afin de profiter un peu du paysage et de voir du pays, quitte à voyager plus longtemps, et seul le temps maussade aura modéré notre plaisir sur la route.

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Notre point de chute est un petit gîte à Génillé, un village tranquille et pittoresque, idéalement situé puisqu’au milieu de différents points touristiques comme Chenonceau, Amboise, Chambord, Langeais, Tours, qui se trouvent tous dans un rayon de 70km environ. A nous de choisir, en somme… 🙂

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Notre roadbook nous fait passer par Châteaudun, Vendôme et Château-Renault, jolies bourgades que l’on relie via la N10, axe qui permet de rouler à bonne allure sans trop se lasser. Toutefois, le plaisir de roulage est sans commune mesure avec ce qui nous attendait les jours suivants !

L’arrivée sur place

Disons les choses comme elles sont : sur nos motos sans protection, après 3 heures de route aux vitesses règlementaires voire 10% au-dessus, on commençait à en avoir plein les pattes. Mon pote, grâce à son support de plaque court, on aurait dit qu’il avait eu la courante. Des projections brunâtres dans le bas du dos et sur la selle. Glam’. Ce qui est surprenant, bien que plutôt logique, quand on se donne la peine d’y penser, est que les routes rétrécissent au fur et à mesure que l’on approche de notre destination. Les départementales deviennent étroites et sinueuses, une invitation à pencher à laquelle nous ne répondrons pas le premier jour, faute de jus.

Puis, à 2km de l’arrivée, mon pote fout son cligno droit et part dans un sous-bois. WTF ? En réalité, il y a une route. Enfin… une “route”… un chemin asphalté qui ferait passer la départementale sinueuse que l’on vient de quitter pour une autoroute. Nous voilà donc, cahin-caha, sur un chemin jonché de graviers, d’herbes coupées, de petits branchages, toujours sous une bruine nous poursuivant d’un “zèle imbécile”, comme l’aurait dit l’ami Georges, jusqu’à atteindre l’orée de notre pied-à-terre. Et là, on passe aux choses sérieuses : un chemin de terre et de cailloux qui débouche sur une grande terrasse de graviers. Qu’à cela ne tienne, nous nous improviserons enduristes (ou, à défaut, trailistes, debout sur nos cale-pieds). Au milieu de cette terrasse, parapluie à la main, alertés par la discrétion sonore caractéristique de nos véhicules, nos hôtes, prêts à nous accueillir ! <3


Les promenades

Elles ont été moins nombreuses que ce que l’on avait imaginé, toujours à cause de la pluie battante qui ne nous a laissé que peu de répit. Nous l’avons tout de même bravée, sans quoi on restait enfermés au gîte, ce qui n’était pas franchement le projet initial. Le premier jour, entre le trajet aller, le repas du midi, l’arrivée au gîte pour poser les affaires, se changer vite fait, se réchauffer/sécher, repartir faire de l’essence et des courses alimentaires, 17h30 frappaient ; le gros de la journée était déjà passé (et c’est pas moi, le gros de la journée, hein !).

Le deuxième jour, on a eu du mal à émerger. A l’ouverture des écoutilles, vers 11h30 tassées, le petit-déjeuner s’est pris avec la pluie en ambiance sonore. Préparés à sortir en espérant une accalmie qui n’est jamais vraiment venue, nous nous sommes finalement mis en route, vers 15h et des brouettes, pour Langeais et son château ! Contre toute attente, c’est moins trempés que nous l’étions la veille, malgré une pluie plus généreuse, que nous y sommes arrivés.

Langeais

Langeais, c’est d’abord une bien jolie ville qui fut longtemps un sujet de querelle entre les Comtes d’Anjou et de Blois. Elle fut également le théâtre, en son château, du mariage d’Anne de Bretagne. Et ce château, justement, nous l’avons donc visité. Merci aux dames de l’accueil qui ont gentiment proposé que nous laissions notre encombrant équipement dans l’arrière-boutique pour mieux profiter de la visite : proposition acceptée 🙂 C’est parti !

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Chouzé-sur-Loire

Il se trouve que mes parents, durant ma tendre enfance, y avaient une maison de vacances. A quelques dizaines de kilomètres seulement de Langeais, c’était pour moi l’occasion d’y faire un petit pèlerinage, à la recherche de madeleines proustiennes ; je n’ai pas été déçu !

D’abord, mon cerveau d’enfant n’avait prêté aucune attention aux environs, aux routes, ce qui est compréhensible. Bonne surprise : sur une vingtaine de kilomètres, on trouve une route “côtière” longeant la Loire, revêtue d’un bitume aussi lisse qu’un billard et aussi granuleux qu’un papier abrasif n°16.

Les pneus et les moteurs chauds, nous arrivons donc à Chouzé et il ne me faudra pas bien longtemps avant de reconnaître un petit parking tout en long, entre la rue principale et les quais de la Loire, accolé à mon ancienne maison. Joie. On se gare. Un type à l’allure un peu bourrue, nous ayant vus arriver, vient à ma rencontre :

Venez boire un coup ! Je suis bientôt relais motard, vous pouvez même garer vos bécanes dans la cour.

Après l’avoir gentiment éconduit, j’irai tout de même discuter un peu avec lui, plus tard, et prendre une paire de photos de son auberge. Le gars a du sang motard dans les veines et un commerce à faire tourner, on le comprend.

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J’observe la maison sous toutes les coutures (extérieures, évidemment…) et plusieurs souvenirs resurgissent dans ma mémoire, en voyant le mur d’enceinte, le garage et le bout de jardin côté Loire, les quais, les escaliers descendant jusqu’au bord de l’eau, une glycine présente depuis au moins 25 ans, entre autres détails. Je me revois faire mes premiers tours de roue à vélo, sur ces quais, avec une amie d’enfance. Je me souviens d’une partie de pêche avec mon papa — le pauvre avait dû demander une carte officielle, payer la licence, acheter du matériel (canne à pêche, fil de pêche, appâts, le petit banc traditionnel, etc.), louer une barque, tout ça pour, au terme d’une après-midi, ne ramener qu’une ablette ! Nous espérions manger le résultat de la pêche, finalement, une ablette pour 5, ça a sauvé la vie du poisson, que nous avons remis à l’eau.

Nous verrons arriver les occupants actuels mais ma timidité aura raison de mon envie de visiter et je n’irai pas au contact.

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J’abuse de la gentillesse de l’ami qui m’accompagne, déjà laissé seul pendant mes pérégrinations piétonnes autour de la maison, et nous entamons une marche de quelques kilomètres, le long des quais, à la recherche de certains souvenirs géolocalisés dans ma mémoire, dont nous ne retrouverons qu’une partie.

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Nous ferons une petite rencontre : un matou à trois pattes, en manque de câlins ! Les rencontres suivantes seront moins agréables puisque nous servirons d’amuses-trompe à bien des moustiques.

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Après quoi, direction Bourgueil, Saint-Nicolas de Bourgueil, pour échanger les motos le temps d’une balade, avant d’aller manger dans un petit restaurant qui, alors qu’il était sur le point de fermer, rouvrira rideaux et porte rien que pour nos belles figures. D’ailleurs, si quelqu’un veut reprendre un fond de commerce qui tourne (pizzeria) à Bourgueil, le gérant laisse sa place 😉

Chenonceau

Le troisième jour, on avait un programme long comme le bras et une volonté d’acier pour se lever aux aurores. Sauf que, la veillée aidant, le réveil fut, une fois de plus, douloureux et, en fait de partir dès potron-minet, nous ne quittâmes nos hôtes que vers 11 heures. Exit donc l’idée de pouvoir cumuler les visites d’Amboise, de Chenonceau et de Chambord + le trajet retour… Nous avons ainsi décidé de ne retenir que Chenonceau et Chambord. Côté pratique de la chose : Chenonceau est proche de nous, et Chambord est plus ou moins sur notre trajet du retour. Disons que ça nous permettra d’emprunter un axe différent de celui employé à l’aller.

On arrive à Chenonceau, on est samedi, changement de style par rapport à Langeais la veille : il y a du monde. Beaucoup de monde. On laisse les motos chargées sur le parking, notre équipement dans les consignes, et on attaque dans le vif du sujet.

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Les faits marquants

Le #FindingFuelGate

Depuis le début du séjour, j’ai un problème : la faible contenance de mon réservoir (14,5L) et ma consommation pas franchement éco (conduite solo : 8L/100Km) sont deux facteurs qui, cumulés, imposent une certaine fréquence de ravitaillement. Or, arrivant en terres hostiles inconnues, nous ne connaissons pas le maillage des stations-service. Il en résulte qu’en arrivant à Génillé, j’ai déjà parcouru 35km sur ma réserve de 3.1L, et la station la plus proche, on l’apprend ensuite, est à 10 bons kilomètres, à Loches.

Notre hôte, Dany, dans sa grande mansuétude (non ironique, il était vraiment adorable) nous prête un jerrican de 5L, au cas où, et on se lance : si jamais c’est la panne sèche, l’ami ira avec le jerrican. Si j’arrive à la pompe, c’est que je peux conduire en mode “éco”. Dans tous les cas, ça me donnera de l’intelligence (dans le sens “information”) sur la capacité et la consommation réelles de ma machine !

Spoiler alert : finalement, le jerrican sera resté sec 🙂 C’est ainsi que j’ai pu constater qu’en roulant doux, je pouvais faire environ 235km, au lieu des 160km max que je fais en roulant seul… Certes, les routes n’étaient pas les mêmes non plus et il est plus facile de consommer peu sur des départementales et nationales qu’en alternant la traversée de centre-villes et du parcours autoroutier rapide, mais c’est aussi une question de “nervosité”. Sans être un excité, j’aime parfois solliciter le couple moteur depuis le bas-régime, pour exploiter un peu ma cylindrée, et forcément, ça se paie en essence. Là, en roulant en duo à rythme modéré, on s’attend, ça lisse grandement l’allure et diminue de fait la consommation moyenne.

Le #HairGelGate

Depuis le début du séjour, j’ai un autre problème : j’ai opté pour un sac de voyage souple, de taille moyenne, qui a une désagréable tendance à balancer de part et d’autre de ma selle passager, malgré le filet araignée qui l’y comprime. Cela m’oblige à régulièrement défaire et refaire l’arrimage pour essayer de pallier le problème, en vain. Alors, en roulant, régulièrement (comprendre : “quand j’y pense”, car ça ne se ressent pas sur l’équilibre de ma grosse mobylette), je jette un œil dans les rétroviseurs pour estimer la position du sac, et, d’une main, je tente tant bien que mal de le recentrer sur la selle.

Lorsque nous arrivons au domaine du château de Chambord, fort arboré et à l’esthétique indiscutable, nous roulons au pas. C’est original : je suis bien dans la réserve et mon appréhension augmente de façon inversement proportionnelle à la façon dont mon réservoir se désemplit. Comme depuis le début, c’est toujours la moto rouge qui a le GPS, ce qui m’invite à naturellement conserver ma place de suiveur. Dans le parc, le tracé étant plutôt déterministe, je saisis l’opportunité de prendre la tête de quelques tours de roues. L’ami me klaxonne. Diantre, il n’est pas beau joueur ! Ça fait au moins 100 kilomètres que je suis second et voilà qu’après 20 mètres d’audace, je me fais rabrouer ?

Que nenni, maraud. Là n’estoy point le soucy. Il me fait signe de m’arrêter, je m’éxecute. Il trolle. Jeez. Je descends.

Y’a rien qui te dérange, là ? :mrgreen:
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Damnède ! Sur la photo, j’ai déjà relevé le sac. Il avait complètement basculé sur le côté gauche et frottait contre mon pneu arrière. Sous le poids, mon clignotant arrière-gauche a eu l’esprit de jouer le roseau et s’est fort penché, sortant même un peu de son logement pour l’occasion. Mon pneu a joué le rôle de meuleuse et à découpé le filet araignée, puis a fait fondre la toile du sac ainsi que la moitié de mon tube de gel coiffant. Gel Axe 0 – 1 Pneu arrière.

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Le gel ne se sentant plus de joie à l’idée de retrouver sa liberté et de s’exprimer tout son saoul, tout émoustillé, a souillé sans sommation la jante, le carter de chaîne et le flanc de pneu, l’ornant d’un beau liseré blanc, ma foi un peu brouillon. Evidemment, je suis partagé entre stupéfaction, embêtement et amusement. Sous l’autre casque, les émotions se disputent moins : la moquerie l’emporte clairement 😀

La nouvelle décoration de la moto n’étant pas tout à fait à mon goût, une fois le paquetage rafistolé comme faire se pouvait, à l’aide d’un sac plastique épais, nous repartîmes en rebroussant chemin vers une station-essence équipée d’un lavage au Karcher. Ce dernier m’a d’ailleurs étonné par sa puissance qui contraste avec ce que l’on peut trouver à l’Eléphant Bleu pour ne pas nommer la chaîne : il fallait le tenir à deux mains, le joyeux diable. Moto comme neuve : 2€ bien utilisés ! Le plein fait, nous irons chercher des sangles pour arrimer plus sérieusement mon chargement. Ce détour nous invitera à enchaîner sur une pause repas qui fermera la porte, niveau timing, à la visite de Chambord.


Le mot de la fin

Le trajet retour se fera quasiment d’une traite, malgré la digestion qui nous rend un peu mollassons, et, ironie du sort, ce n’est qu’au moment où nos routes vont diverger que le soleil fera sa première apparition du WE ! Prochain objectif : un roadtrip du même genre mais avec le soleil (ou, a minima, un temps sec ! 😉


Jonathan

Je suis un “pianographe à moteur“. Cela résume trois de mes passions : le piano, la photographie et la moto. Les autres sont la lecture, les voyages et la gestion de mes sites web. J’essaie d’être critique et sincère à la fois, en chaque écriture, en me basant sur mon expérience et mes goûts personnels.

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